Conseil Oecuménique des Eglises
COMITÉ CENTRAL
Genève, Suisse
26 août - 3 septembre 2002
Document n°
PUB 5
Pour examen et décision
Deuxième rapport du comité des questions d'actualité
Adopté
I. DECLARATION SUR L’ASIE DU SUD
La situation dans la région de l'Asie méridionale constitue une menace grave pour la paix mondiale. Deux puissances nucléaires, l'Inde et le Pakistan, restent perpétuellement dans une situation de confrontation militaire qui va en augmentant. Au cours des cinquante dernières années, cette région a été le théâtre de violences et de conflits entre les Etats et au sein de chacun d'eux. Elle abrite plus d'un milliard de personnes et offre un contraste entre deux mondes différents – d'un côté, une riche élite minoritaire, de l'autre, une majorité de gens pauvres, défavorisés et socialement marginalisés. Les sociétés de cette région sont déchirées par le nationalisme, l'ethnocentrisme et l'extrémisme religieux.
Trois petits pays, le Népal, Sri Lanka et le Bangladesh, sont également en crise. Le Népal, seul royaume hindou du monde, est confronté à une insurrection « maoïste » de plus en plus violente qui a fait de nombreuses victimes et considérablement compromis la prospérité et la sécurité de la population. Le conflit ethnique à Sri Lanka a coûté cher en vies humaines et a virtuellement stoppé l'économie du pays. La signature, en février 2002, d'un accord de cessation des hostilités entre le gouvernement sri-lankais et les LTTE (Tigres de la libération de l'Eelam tamoul) offre des signes d'espoir. Cependant, depuis qu’il a obtenu en 1971son indépendance du Pakistan au terme d’une guerre de libération, le Bangladesh reste incapable de dépasser la nature conflictuelle de sa vie politique. Des politiciens opportunistes et des interventions militaires à répétition ont pratiquement conduit le pays à la ruine. L'économie stagne, elle dépend entièrement d'une aide extérieure massive.
En Asie du Sud, les sociétés sont empoisonnées par une corruption endémique et par des politiques conflictuelles aboutissant souvent à de graves et importantes atteintes aux droits de la personne vis-à-vis des partis politiques d'opposition. Dans un environnement de plus en plus marqué par l'intolérance, les minorités religieuses et la liberté de religion sont en butte aux attaques non seulement de la part des autorités mais aussi, bien souvent, de la part des communautés majoritaires.
Au total, dans la région, les Eglises et les chrétiens ne forment qu'une petite minorité. Le climat d'intolérance religieuse, qui va en augmentant, ainsi que le nationalisme menacent très sérieusement, pour eux comme pour d'autres minorités religieuses, leurs droits à manifester leur foi par le culte public et par la pratique. Les chrétiens se voient souvent imposer le silence, témoins souffrants de l'espérance en des temps troublés. Dans ces périodes critiques, la participation des chrétiens à la vie et à l'action de la communauté vient de leur conception et de leur pratique de la fidélité à la puissance de l'Evangile. Au milieu des ruines, de la violence et des conflits, les chrétiens et les Eglises se voient mis au défi d'être des messagers de paix et d’offrir un espace propice à la guérison et à la réconciliation.
Sur cette toile de fond et dans le contexte de la Décennie « vaincre la violence », le Comité central adopte les décisions suivantes :
1.
Religion, politique et intolérance
1.1 Les grandes religions du monde – islam, hindouisme, bouddhisme et christianisme – ont cohabité en Asie du Sud. Pendant des siècles, les fidèles de ces religions ont vécu en paix et en harmonie. Il semble actuellement que cette situation soit en train de changer. Au cours des dix dernières années, la religion est apparue comme facteur important et parfois déterminant dans les conflits entre Etats. On s'en est servi pour faire avancer des intérêts et des objectifs politiques ou nationalistes étroits. L'intolérance religieuse s'est accrue presque partout dans le monde, les sociétés sud-asiatiques ne font pas exception.
1.2 L'apparition en Inde du BJP (le parti Bhartiya Janata) en tant que force importante sur la scène politique a sérieusement ébranlé les fondements laïques du pays. Au cours des dernières années, chrétiens et musulmans ont fait l'objet d'attaques, et leurs lieux de culte ont été incendiés. Les attentats contre la communauté Dalit ont également augmenté. En dépit de toutes les garanties constitutionnelles, les Dalits continuent de subir des affronts et des discriminations, non seulement de la part des autorités, mais également de la majorité de la population. Au Pakistan, l'atmosphère d'intolérance religieuse, entretenue au cours des onze années du régime militaire du général Zia, a beaucoup désécurisé les minorités chrétiennes, menacées dans leur vie et dans leurs biens. De nombreuses familles ont eu à souffrir de l'utilisation aveugle des lois sur le blasphème visant des chrétiens innocents. Des villages chrétiens et des églises ont fait l'objet d'attentats à l'instigation de groupes islamiques extrémistes. La situation a empiré à la suite de la guerre menée en Afghanistan par les Etats-Unis. A Sri Lanka et au Bangladesh, des groupes bouddhistes et islamistes se sont souvent servis de la religion à des fins politiques pour inciter à la haine et à la violence à l'égard de minorités religieuses.
1.3 L'intolérance religieuse croissante dans toute l’Asie du Sud a fait beaucoup de victimes. Elle a sapé les bases multiculturelles, multireligieuses et pluralistes des sociétés de cette région. L'intolérance a stimulé une nouvelle vague d'idéologies qui déforment l'histoire, cherchent à la réécrire et incitent à la violence, ce qui crée des barrières de division et de haine entre les communautés et les peuples.
Le Comité central
appelle les Eglises
, y compris celles de cette région :
·
à sensibiliser les esprits
à la propagation de l'extrémisme affectant de façon négative la plupart des religions – islam, hindouisme, christianisme, bouddhisme. Cette influence néfaste de la religion prend souvent naissance dans des groupes agissant par ignorance et obscurantisme pour imposer leurs conceptions religieuses particulières à la société ;
·
à encourager
et à soutenir
des projets d'éducation civique favorisant la tolérance, la paix et l'harmonie entre les communautés aux niveaux local, national et régional ;
·
à entrer en dialogue
avec des personnes d'autres religions et convictions au sujet des droits de la personne, de façon à édifier une culture de paix et à aborder des thèmes tels que les droits des minorités et l'intolérance ;
·
à attirer l'attention sur le triste sort des Dalits
,
qui souffrent des pratiques et des politiques discriminatoires du gouvernement indien, et à contribuer à la mise en œuvre de garanties constitutionnelles au moyen d’actions judiciaires et de campagnes de sensibilisation et de mobilisation aux niveaux national et international ;
·
à mobiliser
des appuis au niveau national et international pour que soient abrogées les lois sur le blasphème au Pakistan.
2.
La
confrontation entre
l'Inde et le Pakistan et le différend à propos du Cachemire
L'évolution de la situation après le 11 septembre a amené une fois de plus le Pakistan et l'Inde au bord d'un grave conflit. La guerre en Afghanistan et la présence des Etats-Unis dans la région ont ajouté une dimension nouvelle à une situation déjà tendue dans le sous-continent. Une fois encore, le régime militaire pakistanais se voit récompensé du soutien qu'il apporte à la coalition antiterroriste internationale conduite par les Etats-Unis. Pourtant, alors qu'il participe activement à la guerre contre les réseaux des talibans et d'Al-Qaida en Afghanistan, le gouvernement militaire reste assez tiède pour ce qui est de sa volonté politique de dissoudre, au Pakistan même, les groupes islamiques militants impliqués dans des actes de violence au Cachemire.
2.1 Le différend à propos du Cachemire reste un sujet permanent d'irritation pour l'Inde et le Pakistan. Depuis la partition du sous-continent en 1947, les deux pays voisins se sont fait trois guerres. Les millions d'hommes actuellement déployés de part et d'autre de la frontière pourraient bien conduire à l'ouverture d'hostilités, avec la perspective d'une guerre nucléaire qu'aucune des deux parties ne saurait se permettre.
2.2 Malgré les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU des années 1940 et 1950, et malgré l'accord de Simla en 1972, on se trouve actuellement dans une impasse, et il est peu probable que les deux parties reviennent à la table des négociations en vue de rechercher un règlement à l'amiable du différend par le dialogue. La situation au Cachemire a empiré vers la fin des années 1980, lorsque l'Inde, au lieu d'écouter les doléances de la population du Cachemire et d'y répondre, a envoyé l'armée dans la vallée pour réprimer un soulèvement populaire. Depuis, la situation a continué à se détériorer sans que rien vienne indiquer un retour à la normale. Les incursions d’activistes islamiques qui, avec l'appui du Pakistan, viennent soutenir la lutte du peuple du Cachemire, ont encore aggravé une situation déjà très sérieuse.
2.3 Les peuples de l'Inde et du Pakistan ont payé très cher cette situation de perpétuelle confrontation militaire entre les deux pays, qui a entraîné une augmentation constante des budgets de la défense. Cette augmentation s'est faite aux dépens des soins de santé, de l'alimentation, de l'éducation, du logement et d'autres projets dans le secteur du développement humain, ajoutant encore aux souffrances de la population.
Le Comité central :
affirme
que le différend sur le Cachemire doit trouver une solution en accord avec les vœux des peuples du Jammu-et-Cachemire. Cette solution devrait se fonder sur les principes énoncés dans les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU des années 1940 et 1950 et s’inspirer l'esprit de l'accord de Simla de 1972 ;
répète
qu'il n'existe pas de solution militaire au différend sur le Cachemire et que les deux parties doivent revenir sans délai à la table des négociations ;
appelle les gouvernements de l'Inde et du Pakistan
à entreprendre des démarches immédiates en vue de rétablir et de normaliser leurs relations en prenant des mesures de confiance qui pourront ouvrir la voie à un dialogue politique ;
insiste auprès du gouvernement indien
pour qu'il autorise davantage l'accès à la vallée du Cachemire aux organisations non gouvernementales qui se préoccupent des droits de la personne; et auprès du gouvernement pakistanais pour qu'il cesse d'apporter son soutien aux groupes d'activistes islamiques impliqués dans le terrorisme transfrontières ;
encourage
les Eglises membres du COE à manifester leur solidarité aux Eglises de l’Inde et du Pakistan et à les aider dans leur ministère de guérison et de réconciliation dans la région ;
invite instamment
les Eglises de l’Inde et du Pakistan à entreprendre les actions suivantes en vue de faciliter un processus de règlement à l’amiable du différend sur le Cachemire :
· sensibiliser les Eglises des deux pays à l'urgence d'une solution de ce différend ;
· encourager et soutenir les relations directes entre les populations de l'Inde et du Pakistan, afin d’améliorer la compréhension entre elles et de promouvoir la paix et la réconciliation dans la région ;
· organiser des veillées de prière, si possible dans un cadre interreligieux, pour servir la paix et la réconciliation entre les deux pays.
3.
La
menace nucléaire
Les essais nucléaires réalisés en mai 1998 par l'Inde et le Pakistan ont pris la communauté internationale au dépourvu. Les tensions se sont accrues entre les deux pays, faisant apparaître des perspectives d'accélération de la course aux armements dans la région. Ces essais ont été condamnés dans le monde entier et, le 6 juin 1998, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 1172, appelant les deux pays à s'abstenir de poursuivre leurs essais nucléaires. Cette résolution indiquait un certain nombre de lignes directrices destinées à amener les deux pays à adhérer au système de non-prolifération. Après en avoir mûrement réfléchi, la communauté œcuménique est d’avis qu'il serait dangereux de compter qu'il ne sera pas fait usage d'armes nucléaires en Asie du Sud. L'épisode de Kargil en 1999 et l'attentat du 13 décembre 2001 contre le Parlement indien ont montré qu'on évalue mal les changements de la situation dans le sous-continent depuis les essais nucléaires de mai 1998.
Le Comité central
appelle les gouvernements de l'Inde et du Pakistan
:
·
à démanteler
leurs arsenaux nucléaires et à adhérer au Traité sur la non-prolifération nucléaire et au Traité d'interdiction complète des essais nucléaires;
·
à soumettre
tous leurs programmes nucléaires civils à des mécanismes de garantie reconnus au niveau international ;
·
à coopérer
avec les autres Etats de la région en vue de mettre en place une zone exempte d’armes nucléaires en Asie du Sud ;
appelle aussi les deux gouvernements
à mettre en œuvre immédiatement, dans l’intervalle, des mesures visant à réduire le risque d’attaques nucléaires délibérées ou involontaires, en décidant :
·
de s’engager ensemble
en faveur d’une politique de renonciation à la première frappe et d’officialiser cet engagement par un accord bilatéral ;
·
de s’abstenir
de constituer des stocks de vecteurs ;
·
de garantir
que les politiques et installations nucléaires sont effectivement placées sous l’autorité centrale du pouvoir politique civil ; et
·
d’étendre et d’élargir
l’accord en vigueur interdisant toute attaque des installations nucléaires de l’autre partie.
engage en outre les gouvernements de l’Inde et du Pakistan :
·
à renoncer
à toute nouvelle activité de recherche, de développement et de production d’armes ou de composantes d’armes nucléaires ; et
·
à cesser
la production de matières fissiles et à soutenir les négociations internationales en vue d’une interdiction mondiale de ce genre de production.
invite les autres gouvernements :
·
à mettre fin
immédiatement à toute aide matérielle ou politique à l’Inde et au Pakistan dans le
domaine du développement et de la production d’armes nucléaires et/ou de leurs systèmes de
vecteurs.
appelle ses Eglises membres en Asie du Sud
:
·
à insister
auprès de leurs gouvernements afin qu’ils œuvrent à l’établissement d’une zone
exempte d’armes nucléaires en Asie du Sud ; et
·
à entreprendre
des programmes de sensibilisation du public à l’abolition des armes nucléaires en Asie du Sud et dans le monde.
invite les Eglises d’autres parties du monde :
·
à soutenir
les Eglises et les organismes œcuméniques de l’Asie du Sud dans
leurs efforts de la
création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans cette région ; et
·
à engager leurs gouvernements
à s’abstenir de soutenir tout programme de recherche, de
production et de déploiement d’armes nucléaires en Inde et au Pakistan et à encourager la
réalisation d’une zone exempte d’armes nucléaires en Asie du Sud.
4.
Le conflit
ethnique à Sri Lanka
Depuis qu'il a pris de l'ampleur en 1983, le conflit à Sri Lanka a fait plus de soixante mille victimes, des deux côtés de la ligne de séparation entre les ethnies. La guerre a ruiné l'économie du pays. Depuis plus de vingt ans, les gens, pour la plupart Tamouls, sont soumis à des lois draconiennes. Torture, détention sans jugement, exécutions extrajudiciaires et restrictions de la liberté de la presse sont des pratiques habituelles de la part de l'Etat. Les LTTE ont imposé des conditions très strictes dans les territoires qu'ils contrôlent, où les exactions, les exécutions sommaires et le recrutement forcé à des fins de guerre, notamment des enfants, constituent des pratiques courantes.
L'escalade du conflit au cours des années 1980 et 1990 a entraîné un exode massif de réfugiés tamouls vers l'Inde, l'Europe de l'Ouest, l'Amérique du Nord et l'Australie. En outre, un grand nombre de personnes vivant au nord et à l'est de l'île ont été déplacées à l'intérieur du pays. Plusieurs tentatives d'intervention en vue d'un accord de paix entre le gouvernement sri-lankais et les LTTE ont été entreprises, sans grand succès. Toutefois, la situation s'est modifiée de façon imprévue en février 2002, lorsque le gouvernement norvégien s’est entremis entre le gouvernement et les LTTE, qui ont signé un protocole d'accord en vue de cesser les hostilités en attendant les pourparlers de paix prévus à Bangkok.
Le Comité central :
·
se félicite
de la conclusion du protocole d’accord entre le gouvernement de Sri Lanka et les Tigres de libération de l'Eelam tamoul ;
·
prie instamment
la communauté œcuménique
-
d'accompagner
les Eglises sœurs de Sri Lanka dans leur cheminement vers la paix ;
-
d’assurer de ses prières, de ses encouragements et de son soutien solidaire
le Conseil national des Eglises de Sri Lanka et l’Eglise de Norvège dans leurs efforts communs pour sensibiliser les esprits et pour réunir des appuis en faveur du processus de paix ;
-
de mobiliser un soutien
national et international en faveur du processus de paix à Sri Lanka ;
-
de fournir des ressources humaines et matérielles
pour la réconciliation et la reconstruction de Sri Lanka.
5.
Le
Bangladesh et les minorités religieuses
Après une trentaine d'années d'indépendance, le Bangladesh n'a pas réussi à se doter d’une constitution démocratique viable. Le pays a subi de fréquents changements de gouvernement et des coups d'Etat militaires sanglants. Son principe fondateur, le « nationalisme bengali laïque », s'est effondré, et le pays est actuellement déchiré entre des partis islamiques de droite à l’influence néfaste et une classe politique opportuniste. Faute de culture politique parlementaire, la politique de la rue prédomine, avec des effets dévastateurs. Il est urgent d'édifier une culture de tolérance et de paix dans ce pays.
Le Comité central
appelle les Eglises
:
·
à suivre de près
la situation des minorités religieuses au Bangladesh et à apporter un soutien
pastoral et solidaire aux Eglises et aux chrétiens de ce pays ;
·
à fournir
aux Eglises du Bangladesh les ressources humaines et matérielles leur permettant
d'amorcer une coopération et un dialogue interreligieux favorisant la tolérance, ainsi que
d'édifier une culture de paix.
II. Note sur le processus de paix au Soudan
A sa dernière réunion (Potsdam, février 2001), le Comité central a adopté une longue déclaration sur la situation au Soudan. Cette déclaration soulignait qu’il était urgent de résoudre le conflit et appelait les Eglises membres, les partenaires œcuméniques et les institutions liées aux Eglises à entreprendre des actions qui aillent dans ce sens.
Le Forum œcuménique du Soudan a permis au COE et à d’autres partenaires œcuméniques de suivre de plus près l’évolution de la situation et d’apporter un nouvel appui aux Eglises du Soudan et à leur action de sensibilisation en faveur de la paix et de la réconciliation.
A fin juin 2002, à l’invitation des Eglises soudanaises, le secrétaire général du COE s’est rendu dans le Nord et le Sud du Soudan. Il a réaffirmé la volonté du COE de continuer à se tenir aux côtés des Eglises qui luttent pour une paix juste et durable au Soudan.
Pendant que se déroulait cette visite, le gouvernement et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLA/M) se sont rencontrés à Machakos (Kenya), sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) afin de poursuivre les négociations sur le règlement pacifique du conflit. Le 20 juillet 2002, les deux parties ont signé un accord appelé « Protocole de Machakos ». Quoique toujours préoccupées par la multiplication des incidents violents dans la région du Haut-Nil, les Eglises soudanaises ont apporté sans réserve leur appui à cet engagement donné par les deux parties d’entamer des négociations en vue d’arriver à une solution globale et pacifique de ce conflit sur la base de la Déclaration de principes
(DOP) de l’IGAD. Elles se sont félicitées du Protocole de Machakos, le considérant comme un cadre approprié pour la poursuite des négociations de paix.
Le Comité central du Conseil œcuménique des Eglises se félicite à son tour du Protocole de Machakos et renouvelle son appui au processus de paix de l’IGAD. En même temps, il manifeste sa reconnaissance aux Eglises soudanaises pour les efforts persistants qu’elles déploient en vue de rétablir la paix malgré tous les obstacles. Néanmoins, il est préoccupé par l’escalade des combats qui auraient lieu aux environs de Tam, dans l’ouest du Haut-Nil, et autour de Yuai, dans l’est du Haut-Nil, qui constituent de graves violations des dispositions de l’accord antérieur de cessez-le-feu des monts Nuba, conclu sous les auspices des Etats-Unis et de la Suisse, et qui ont fait de nombreuses victimes et provoqué d’importants déplacements de populations.
Dans ce nouveau contexte et dans la perspective de la Décennie « vaincre la violence », le Comité central prie instamment les Eglises membres :
· de continuer fidèlement à prier pour les Eglises et le peuple du Soudan ;
· de soutenir et d’encourager les Eglises du Soudan qui continuent à témoigner et à œuvrer pour la justice, la paix et la réconciliation ;
· de suivre l’évolution de la situation en rapport avec le Protocole de Machakos et d’échanger des informations à ce sujet ; et
· d’aider les Eglises soudanaises à apporter leur contribution aux futures négociations dans le cadre du processus de paix de l’IGAD.
III. Déclaration sur la violence en Colombie
La « violence en Colombie » est un phénomène qui accable ce pays depuis plusieurs décennies. Après une période de calme relatif, elle a connu une aggravation dramatique au cours de ces dernières années : chaque jour, en moyenne, vingt personnes (dont trois enfants) sont tuées ou « disparaissent », alors que le pays est toujours plongé dans le chaos social et politique. Depuis peu, des dirigeants et laïcs chrétiens sont plus particulièrement visés. Un exemple tragique en est l’assassinat de plus de cent personnes (dont au moins 40 enfants) qui s’étaient réfugiées dans une église à Bellavista, en mai 2002, lors d’un affrontement armé.
Une fois encore, la violence ne connaît pas de limites en Colombie ; la situation de la population rappelle les paroles du psalmiste :
Ma vigueur est devenue sèche comme un tesson, la langue me colle aux mâchoires. Tu me déposes dans la poussière de la mort. Des chiens me cernent ; une bande de malfaiteurs m’entoure : ils m’ont percé les mains et les pieds [...] Mais toi, Seigneur, ne reste pas si loin ! O ma force, à l’aide ! Fais vite ! Sauve ma vie de l’épée, et ma personne des pattes du chien...
(Psaume 22).
Depuis des années en Colombie, les Eglises et la société civile s’opposent à l’escalade militaire ; elles participent à de grandes manifestations non violentes et à des actions en faveur d’une solution pacifique négociée. Beaucoup de gens y ont laissé la vie, et beaucoup d’autres ont été contraints de s’exiler à la suite de menaces visant leur vie et celle des membres de leur famille. Plus de deux millions de personnes, soit 5% de la population totale, ont été obligées de quitter leurs communautés d’origine, et près du quart de ce nombre a été déplacé au cours de la seule année 2001. La plupart des personnes déplacées par la violence et par les retombées du « Plan Colombie »
sont des autochtones et des Afro-colombiens ; et, comme c’est souvent le cas dans les conflits civils, les femmes et les enfants sont les plus durement touchés.
Pour les Eglises colombiennes et d’autres organisations de la société civile, le conflit a pour origine non pas le trafic de drogue ni la violence des mouvements de guérilla armée (bien qu’ils y aient leur part), mais plutôt un long passé d’injustice sociale, la concentration du pouvoir économique et politique entre les mains d’une petite minorité, les ressources pétrolières qui attisent les rivalités ainsi qu’une structure sociale qui repose sur l’exclusion, l’inégalité et l’impunité.
Après des années d’efforts pour essayer d’arriver à une solution négociée, le gouvernement, au début de cette année, a interrompu les négociations de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et cessé de respecter les zones démilitarisées. De nouvelles élections ont porté au pouvoir Alvaro Uribe Veles et, peu après son entrée en fonctions en août 2002, le nouveau gouvernement a décrété l’état d’urgence et décidé de doubler les forces armées du pays et d’entamer des négociations avec les forces paramilitaires.
Cette évolution s’insère dans le cadre du « Plan Colombie »
,
lequel est soutenu financièrement, militairement et économiquement par les Etats-Unis. Lors de sa réunion de Potsdam, en février 2001, le Comité central a vivement condamné cette stratégie d’inspiration militaire et a demandé aux Eglises et au COE d’intensifier leurs efforts œcuméniques pour soutenir une paix négociée. Par la suite, ce « Plan Colombie » est devenu l’ « Initiative andine »
,
qui prévoit des opérations militaires dans différents pays de la région.
En réponse, le COE, en coopération avec la Fédération luthérienne mondiale, s’est fait l’hôte, au Centre œcuménique de Genève, d’un Forum œcuménique sur la Colombie, auquel ont participé des représentants des Eglises et de la société civile de Colombie, du Conseil des Eglises d’Amérique latine (CLAI) ainsi que d’Eglises et partenaires européens ; ce Forum a cherché à élaborer une stratégie à opposer à la guerre en Colombie. Il a également appelé au renforcement de l’action œcuménique internationale, et souligné la nécessité d’œuvrer pour la paix dans le cadre de la Décennie « vaincre la violence ».
Face à cette situation tragique et à la menace qu’elle constitue pour l’ensemble du continent latino-américain, et dans la perspective de la Décennie « vaincre la violence », le Comité central du Conseil œcuménique des Eglises, réuni à Genève du 26 août au 3 septembre 2002,
renouvelle
l’expression de sa solidarité et ses prières pour le peuple colombien, en particulier pour les familles et les amis des morts et des mutilés, des personnes disparues ou déplacées, et pour les Eglises de Colombie qui, avec courage, se sacrifient pour témoigner de la paix et œuvrer à son rétablissement ;
appelle
tous les responsables politiques, militaires et religieux de Colombie à n’épargner aucun effort pour que ce conflit soit résolu pacifiquement, pour que soient désarmées les forces paramilitaires et pour que soit rétablie la primauté du droit ;
appelle
tous les mouvements d’opposition armés à respecter les règles applicables à la participation aux conflits armés, à s’abstenir de toute action qui met en danger la population civile et à reprendre leur participation aux négociations de paix en bonne foi ;
dénonce une fois encore
le « Plan Colombie »
ainsi que toutes les stratégies fondées sur l’emploi de la force à titre préventif ;
demande instamment au gouvernement de Colombie
de lever toutes les mesures d’urgence, de garantir à ses citoyens le plein respect des droits de la personne et de respecter scrupuleusement les dispositions du droit international applicables à la guerre civile, notamment en ce qui concerne la protection des populations civiles dans les zones de conflit armé ;
appelle instamment le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique
à retirer sans délai de Colombie et de ses autres installations en Amérique latine toutes ses forces militaires, y compris ses conseillers militaires et assimilés ;
demande instamment à tous les gouvernements de la région
de prendre toutes les mesures possibles pour favoriser un règlement pacifique du conflit de Colombie, de respecter les droits de ceux qui sont contraints de fuir la violence qui règne en Colombie et de leur fournir l’assistance humanitaire dont ils ont besoin ;
félicite
la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme pour le travail réalisé par l’intermédiaire de son bureau en Colombie, ainsi que les ONG spécialisées dans les droits de la personne et les organisations liées aux Eglises pour les efforts qu’elles déploient pour protéger les victimes et leur venir en aide et pour mettre en place des programmes visant à l’établissement de la paix ;
attire une fois encore
l’attention des Eglises membres et des institutions liées aux Eglises sur la dramatique situation de la Colombie, exprime sa profonde reconnaissance à celles qui en ont fait l’une de leurs priorités et les appelle à prier et à agir en solidarité concrète avec les Eglises, les victimes et les populations en danger dans les zones de combat armé ;
appelle tout particulièrement
les Eglises des Etats-Unis à faire pression sur leur gouvernement pour que celui-ci mette immédiatement fin à sa participation au « Plan Colombie »
,
et pour que l’assistance militaire étrangère apportée à la Colombie soit remplacée par une aide humanitaire et par des mesures destinées à rétablir le respect des droits de la personne dans ce pays ; et
appelle
le personnel du Conseil œcuménique des Eglises à poursuivre et renforcer ses efforts pour soutenir des initiatives de paix et de réconciliation en coopération avec les Eglises de Colombie, le CLAI et d’autres Eglises et partenaires œcuméniques dans le monde entier.
IV. Déclaration sur la réponse œcuménique au conflit Israelo-Palestinien en Terre Sainte
Le Comité central du Conseil œcuménique des Eglises, réuni à Genève du 26 août au 3 septembre 2002,
rappelant
sa
« Note sur la situation en Terre sainte après le deuxième soulèvement palestinien »
,
adoptée lors de sa précédente réunion (Potsdam, février 2001), dans laquelle le Comité central exprimait
sa profonde tristesse et sa grande inquiétude devant la nouvelle escalade de la violence dans les territoires autonomes et les territoires occupés palestiniens ainsi qu’en Israël au cours de ces quatre derniers mois [... qui] a fait de nombreuses victimes ;
préoccupé et consterné
par l’escalade de la violence depuis vingt-trois mois, qui a causé des centaines de morts en Palestine et en Israël et qui a provoqué, au sein de la population palestinienne, la plus grave catastrophe humanitaire de l’histoire récente ;
adressant à nouveau
ses profondes condoléances et l’expression de sa douleur à toutes les victimes du conflit, et notamment aux familles des personnes tuées tant en Israël que dans les territoires palestiniens occupés ;
regrettant profondément
l’incapacité ou le refus de la communauté internationale, et en particulier des gouvernements le plus directement impliqués, de répondre aux appels réitérés à établir dans la région une présence qui obligerait les parties en conflit à respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, situation qui autorise la poursuite d’actions illégales et favorise l’instauration d’un climat de méfiance, de crainte et de haine ;
réaffirmant
sa conviction
qu’une solution juste et durable du conflit israélo-arabe doit passer par des négociations actives sur la base des résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité des Nations Unies ;
renouvelant son appel
au respect, en toutes circonstances, des normes universellement acceptées de la Quatrième Convention de Genève, qui constitue la pierre angulaire du droit humanitaire international et qui contient des normes juridiques fondamentales pour le traitement des civils en cas de conflit armé ou d’occupation ;
réaffirmant
le droit d’un peuple vivant sous occupation étrangère à lutter contre l’injustice par des moyens non violents afin d’obtenir sa liberté ;
renouvelant son appui
aux Israéliens et aux Palestiniens qui, à titre individuel ou groupés en organisations, rejettent la logique de la violence et de l’occupation et s’efforcent, ensemble, de faire établir la justice, la paix, la sécurité, la compréhension mutuelle et la réconciliation entre ces deux peuples ;
réaffirmant
la nécessité de respecter intégralement les Lieux saints, et
condamnant
toute action qui en viole l’intégrité ;
condamnant
l’occupation et l’utilisation d’églises et d’autres édifices et sites religieux à des fins militaires ou autres, contraires à leur destination religieuse ;
réaffirmant
son soutien aux Eglises et aux communautés chrétiennes de Terre sainte chargées de garder les Lieux saints, qui s’efforcent de soutenir et de servir les communautés et dont le témoignage est celui d’artisans de paix ;
renouvelant
son engagement historique en faveur d’une coopération et d’un dialogue actifs entre chrétiens, musulmans et juifs ;
réaffirmant sa conviction
que Jérusalem doit demeurer une ville ouverte et accueillante à tous dont l’accès doit être assuré aux Palestiniens et dont la souveraineté et la citoyenneté doivent être partagées entre l’Etat d’Israël et le futur Etat de Palestine, et que Jérusalem peut être une source de paix, de stabilité et de coexistence plutôt que de division et de conflit ;
1
lance de nouveau un appel insistant
en faveur du retrait immédiat des forces d’occupation israéliennes des Territoires palestiniens pour que cesse l’occupation illégale de ces territoires ;
2
engage Israël,
en tant que puissance d’occupation, à s’acquitter scrupuleusement des obligations et responsabilités qui lui incombent en vertu de la Quatrième Convention de Genève du 12 août 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre ;
3
prend acte avec satisfaction
du rapport sur les décisions prises par le Conseil pour mettre en application les recommandations du Comité central de Potsdam ;
4
appuie
la Résolution du Comité exécutif relative à la
Réaction œcuménique face au conflit israélo-palestinien
de septembre 2001 et se félicite des efforts considérables déployés par le secrétaire général et par le personnel pour la mettre en application ;
5
réaffirme, dans le contexte de la Décennie « vaincre la violence »,
la conviction que les chrétiens partagent avec les juifs et les musulmans, à savoir que toute vie humaine est sacrée aux yeux de Dieu, et qu’attenter à la vie humaine est contraire aux enseignements moraux et éthiques des trois religions monothéistes ;
6
joint sa voix
à celle des nombreux chrétiens, musulmans et juifs qui, dans la région et un peu partout dans le monde, ont vivement déploré tous les actes de violence perpétrés dans ce conflit, notamment l’invasion militaire et la réoccupation des Territoires palestiniens par Israël, les exécutions extrajudiciaires de dirigeants palestiniens, l’assassinat de civils palestiniens, l’application de châtiments collectifs et la destruction de maisons et de propriétés palestiniennes en Israël et dans les Territoires occupés ; et tous les actes de terrorisme dirigés contre des civils en Israël et dans les Territoires occupés, y compris notamment la pratique croissante et très inquiétante des attentats suicides aveugles ;
7
appelle
toutes les parties en cause, en particulier les Israéliens et les Palestiniens, à veiller à la sécurité de tous les civils et à respecter les normes universellement acceptées du droit international humanitaire ;
8
appelle
les Hautes parties contractantes à la Quatrième Convention de Genève à mettre en application la Déclaration du 5 décembre 2001 dans laquelle elles appellent la puissance occupante à respecter pleinement et effectivement la [Convention] dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et à s’abstenir de commettre toute violation de la Convention [... et] réaffirment l’illégalité des colonies dans lesdits territoires ainsi que de leur extension, et la nécessité de sauvegarder et garantir les droits et l’accès aux Lieux saints pour tous les habitants ;
9
lance un appel pressant
à la communauté internationale, et en particulier au Quartette (Nations Unies, Union européenne, Etats-Unis et Fédération de Russie), à jouer un rôle de médiation plus actif, résolu, objectif et cohérent entre les deux parties sur la base des résolutions pertinentes des Nations Unies et à faire tout leur possible pour mettre fin au bain de sang et aux souffrances ;
10
prie instamment le gouvernement israélien
de reconnaître Sa Béatitude le patriarche Irénée Ier comme chef du Patriarcat orthodoxe grec de Jérusalem ;
11
invite
toutes les autorités concernées à ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures des Eglises ;
12
se félicite
de la réponse positive donnée par de nombreuses Eglises et de nombreux partenaires œcuméniques à l’appel à s’associer, dans le contexte de la
Décennie « vaincre la violence »
–
Les Eglises en quête de réconciliation et de paix (2001-2010),
à une campagne d’action œcuménique visant à mettre fin à l’occupation illégale de la Palestine en soutenant la réconciliation entre Israéliens et Palestiniens et d’autres au Moyen-Orient et leur coexistence dans la justice et la paix, et demande instamment à d’autres de s’y associer par les moyens suivants :
a. soutenir le
Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël
(EAPPI),
pour manifester concrètement la solidarité des chrétiens par une présence et un
témoignage actifs de résistance non violente à l’occupation de la Palestine, pour œuvrer
à la conscientisation de l’opinion publique et pour faire pression en vue d’une
réorientation de la politique actuelle ;
b. appeler à la suspension de l’Accord euro-méditerranéen entre les Communautés
européennes et l’Etat d’Israël qui déclare que « les relations entre les parties de même
que toutes les dispositions du présent accord se fondent sur le respect des droits de
l’homme et des principes démocratiques, qui inspire leurs politiques internes et
internationales et qui constitue un élément essentiel du présent accord » aussi longtemps qu’Israël ne respectera pas ces dispositions ;
c. faire pression sur les gouvernements, en particulier sur celui des Etats-Unis, pour qu’ils
révisent leur assistance économique à l’Etat d’Israël et mettent fin à toute forme de
coopération militaire avec l’Etat d’Israël, et en particulier imposent un embargo strict
sur les armes aussi longtemps qu’Israël ne respectera pas les résolutions du Conseil de
sécurité des Nations Unies ;
d. face à l’augmentation constante des souffrances humaines, apporter un généreux soutien
financier aux actions œcuméniques dans les domaines de l’assistance humanitaire et des
droits de l’homme ;
e. prier ensemble pour la paix et pour que cesse toute forme de violence en Terre sainte et pour tous ceux qui œuvrent pour la paix, en vue de donner corps à nos aspirations et espoirs communs de voir s’instaurer la paix dans la justice pour toutes les populations de cette terre où notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ a été reçu comme Prince de la paix.
V. Déclaration sur les menaces d’intervention militaire contre l’Iraq
Le Comité central du Conseil œcuménique des Eglises, réuni à Genève du 26 août au 3 septembre 2002 :
profondément préoccupé et alarmé
par les efforts persistants du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique pour faire appuyer par la communauté internationale une nouvelle intervention militaire contre l’Iraq, avec l’objectif déclaré de renverser le gouvernement iraquien actuel ;
rappelant et réaffirmant
les paroles de la Première Assemblée du COE (1948) :
La guerre, considérée comme un moyen de résoudre les conflits entre nations, est inconciliable avec l’enseignement de notre Seigneur Jésus Christ. Le rôle joué par la guerre dans la vie internationale est un péché contre Dieu et une dégradation de l’homme ;
rappelant et réaffirmant
la déclaration de la Septième Assemblée (1991) sur la guerre du Golfe, le Moyen-Orient et la menace contre la paix du monde, ainsi que sa déclaration de février 1998 sur la situation en Iraq, dans laquelle il mettait en garde contre une reprise de l’intervention militaire qui ne ferait qu’augmenter le nombre des victimes et les souffrances du peuple irakien ;
rappelant et réaffirmant
les décisions et déclarations ultérieures du COE qui appelaient le Conseil de sécurité des Nations Unies à lever immédiatement toutes les sanctions qui ont des effets directs et indiscriminés sur la population civile de l’Iraq ;
réaffirmant
sa conviction que, « sous la souveraineté de Dieu, aucun pays ni groupe de pays n’a le droit de se venger d’un autre ; aucun pays n’a le droit de porter des jugements unilatéraux et de prendre des mesures unilatérales qui provoquent la dévastation d’un autre pays et la souffrance massive de sa population »
(Comité central, Potsdam, 2001)
;
partage les craintes et les inquiétudes
des Eglises du Moyen-Orient, telles que les a en particulier exprimées le Conseil des Eglises au Moyen-Orient dans une déclaration du 5 août 2002, et appuie l’appel du CEMO à « un effort diplomatique et politique soutenu et résolu qui engage directement le gouvernement irakien, et une campagne active visant à redonner le pouvoir au peuple irakien et à restaurer sa dignité » ;
se félicite
de la
Christian Declaration
lancée à mi-juillet par Pax Christi Royaume-Uni, qui estime immorale et illégale et l’adoption, par les Etats-Unis, de plans de guerre dirigés contre l’Iraq, avec l’éventuel soutien de la Grande-Bretagne, déplorant que les pays les plus puissants du monde continuent à considérer la guerre comme un instrument acceptable de la politique étrangère, en violation tant des dispositions des Nations Unies que de la doctrine chrétienne ;
se félicite également
des positions prises par les Eglises des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et d’autres pays qui s’inquiètent vivement de la menace de guerre contre l’Iraq ;
engage
le gouvernement de l’Iraq à se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris lorsque celui-ci exige la destruction de toutes les armes de destruction massive et des installations consacrées à la recherche et à la production de ces armes, à coopérer pleinement avec les inspecteurs de l’ONU déployés à des fins de surveillance et à garantir le plein respect des droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels de tous ses citoyens ;
appelle instamment
le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à s’abstenir de toute menace militaire contre l’Iraq et à cesser de dresser des plans d’action militaire contre ce pays ;
demande instamment
à la communauté internationale de faire appliquer le droit international, de ne pas céder aux pressions visant à l’associer à des frappes militaires préemptives contre un Etat souverain sous prétexte de « faire la guerre au terrorisme », et de redoubler d’efforts pour faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’Iraq par des moyens non militaires ;
appelle
toutes les Eglises membres et organisations partenaires à faire pression sur leurs gouvernements respectifs pour qu’ils s’attaquent aux causes fondamentales du conflit et mettent fin à la terrible crise humanitaire en Iraq ; et
renouvelle
son témoignage de solidarité avec les Eglises et la population iraquiennes et les
assure à nouveau
de ses prières.
VI. NOTE SUR LA TRAGEDIE DU 11 SEPTEMBRE 2001 ET SUR LES CONSEQUENCES DE LA RIPOSTE DU GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS
Le Comité central exprime sa vive gratitude pour le rapport qu’il a reçu sur les multiples efforts déployés par le Comité exécutif, le secrétaire général et le personnel du Conseil à la suite des attentats terroristes commis contre les Etats-Unis le 11 septembre 2001. Il approuve le bref message envoyé aux Eglises des Etats-Unis par le secrétaire général au nom du Comité exécutif, réuni en séance à Genève ce jour-là, et la lettre pastorale qu’il leur a envoyée le 20 septembre. Comme le dit la lettre du 11 septembre, « Nous prions en particulier pour les victimes de ces tragédies et pour leurs familles et amis…Nous prions avec ferveur pour que ce soit la fin de la terreur, et implorons les responsables pour qu’ils renoncent à l’avenir à des actes aussi inhumains ». Ces prières se poursuivent.
Par l’envoi d’une « lettre vivante », autrement dit d’une délégation pastorale aux Eglises des Etats-Unis, le Conseil a donné une forme concrète à la solidarité, à la sympathie, mais aussi à la crainte éprouvées par les Eglises et leurs conseils dans le monde entier. Comme l’a expliqué l’équipe, « nous venons, blessés, partager avec vous vos blessures. Tout cela nous a rendus humbles et nous trouvons encourageant que des responsables d’Eglise se débattent avec des questions qui sortent de leurs préoccupations habituelles et qui ont pour cadre le monde entier ». Pour les Eglises des Etats-Unis, les témoignages de soutien et de sympathie qui leur sont venus de tous les coins de la terre, y compris de personnes qui ont subi les effets dévastateurs du terrorisme et de la guerre, ont été un encouragement et un réconfort.
En adoptant cette note, le Comité central reconnaît qu’une année s’est écoulée depuis les attentats, que les blessures sont encore profondes et que la population des Etats-Unis et d’ailleurs continue à se sentir vulnérable. Nous reconnaissons aussi que ces attentats ont été orchestrés par un réseau terroriste diffus et disposant de fonds importants. Nous reconnaissons en outre que beaucoup de membres des Eglises des Etats-Unis, partagés entre le regain de patriotisme suscité par les attentats dirigés contre les symboles des Etats-Unis et les citoyens de ce pays, d’une part, et une spiritualité nouvelle qui les appelle à accepter une vulnérabilité à laquelle ils ne sont pas accoutumés et à réfléchir sur la complexité morale de ces événements, d’autre part, ont été plongés dans un conflit intérieur qui n’est pas résolu.
Les Eglises américaines ont réagi et continuent à réagir à la peine, à la rupture entre les communautés et au choc provoqué par cette vulnérabilité, nouvelle pour elles. De nombreuses Eglises américaines se sont exprimées publiquement sur les conséquences négatives de la réaction de leur gouvernement aux attentats terroristes. Lors de son Assemblée de novembre 2001, le Conseil national des Eglises du Christ des Etats-Unis (NCCCUSA) a déclaré : « Nous pensons que la tragédie des attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme qui a suivi … constituent un
kairos
, un moment au sein du temps de Dieu – le temps pour l’Eglise de porter témoignage à la plénitude de Dieu notre Créateur, Rédempteur et Consolateur. » Dans cette déclaration, le NCCCUSA a fait part aussi de sa profonde préoccupation concernant les atteintes aux droits de la personne et aux libertés civiles des personnes détenues par le gouvernement des Etats-Unis, et il a dit sa préoccupation quant à la manière dont le gouvernement des Etats-Unis travaille avec la communauté des nations en réagissant à la menace du terrorisme et en œuvrant pour la justice et pour la paix. Mais il n’y a pas beaucoup de place pour la discussion publique de la réaction actuelle des Etats-Unis au terrorisme et on considère souvent que les critiques sont déloyales et manquent de patriotisme.
La réaction militaire des Etats-Unis aux attentats a amené le COE à prendre une série de décisions claires et appropriées sur des questions d’actualité. Sur le site :
Behind the News : Voices of Faith, Visions of Hope,
réalisé conjointement avec ACT (Action commune des Eglises) et l’Alliance œcuménique « agir ensemble », le Conseil a fourni des informations et une analyse de fond qui faisaient largement défaut, aidant ainsi le mouvement œcuménique et d’autres à mieux comprendre ce qui se passait. Les deux colloques de réflexion organisés par la Commission des Eglises pour les affaires internationales à Genève (novembre 2001) et à Washington DC (août 2002) ont aidé les Eglises du monde entier à mieux réfléchir aux questions et aux problèmes posés et à élaborer leurs réactions de principe d’une manière concertée.
Le document de référence sur les questions d’actualité préparé pour la présente réunion par le personnel de l’équipe « Relations internationales » présente une analyse convaincante des conséquences de la réaction des Etats-Unis aux événements du 11 septembre. En solidarité avec ceux qui souffrent aux Etats-Unis et dans le monde à la suite des événements du 11 septembre, nous voulons reprendre ici les préoccupations suivantes, dans l’espérance et la prière pour un monde plus juste et pacifique :
1. Répercussions sur la paix et la sécurité internationales.
Le gouvernement des Etats-Unis a réagi aux événements du 11 septembre par des moyens militaires et il a fait pression sur tous les pays du monde pour qu’ils s’alignent sur sa politique, en les menaçant de graves répercussions s’ils ne le faisaient pas. Cette « guerre au terrorisme » a renforcé la notion de « solutions militaires » aux questions complexes, ouvrant ainsi la porte à la poursuite ou à l’aggravation de guerres civiles et d’autres conflits armés, y compris le conflit israélo-palestinien. En outre, des gouvernements dans diverses régions se sont servis de la « guerre au terrorisme » pour justifier la répression vis-à-vis des dissidents politiques. En divisant le monde entre « bons » et « méchants », le gouvernement américain a dangereusement encouragé les approches simplistes de réalités complexes. Les Eglises sont particulièrement appelées à résister à la simplification excessive de réalités complexes.
2. Répercussions sur les droits de la personne et sur le droit international.
Dans sa réaction aux attentats, le gouvernement des Etats-Unis a mis en œuvre une série de mesures qui menacent les droits de la personne et les libertés civiles à la fois aux Etats-Unis et ailleurs. Il a exigé que les autres nations prennent des mesures strictes et adoptent des législations et des pratiques reflétant celles des Etats-Unis. C’est ainsi que les Etats-Unis ont favorisé l’adoption, dans de nombreux pays, de politiques qui rappellent les années 1970 et 1980, lorsque des gouvernements militaires répressifs appliquaient la doctrine de la « sécurité nationale » en déclarant l’état d’urgence et, ce faisant, suspendaient les protections constitutionnelles applicables aux droits de l’homme et aux libertés civiles. Les implications de cette démarche, tant à court qu’à long terme, sont profondément déconcertantes et poussent les chrétiens à continuer à s’exprimer et à plaider en faveur de normes strictes des droits de la personne que les Eglises elles-mêmes ont beaucoup contribué à développer.
Dans le même sens, le gouvernement des Etats-Unis a signalé à plusieurs reprises qu’il ne tiendrait pas compte de l’Organisation des Nations Unies. Ce faisant, ainsi qu’en s’opposant au Tribunal pénal international récemment créé, les Etats-Unis ont sérieusement sapé le principe même du droit international et des normes internationales. Ils ont ainsi gravement mis en danger les efforts déployés depuis plus d’un demi-siècle pour établir un ordre mondial juste. C’est l’engagement des Eglises depuis de longues années en faveur du développement du droit international et de la coopération qui est en jeu.
3. Pratique de l’unilatéralisme.
La détermination des Etats-Unis à faire cavalier seul chaque fois qu’ils l’estiment nécessaire et à prétendre à l’impunité tant à l’égard de la Charte des Nations Unies que des obligations qui leur incombent en vertu des traités ouvre la voie à de sérieuses confrontations internationales dans l’avenir. Ce pays a déjà abrogé plusieurs obligations internationales acceptées par les gouvernements précédents, dont certaines avaient été ratifiées par le Congrès (par exemple le Traité anti-missile balistique et le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires). Avant et depuis le 11 septembre, lors des réunions des Nations Unies, les Etats-Unis se sont opposés quasiment seuls au reste du monde sur des questions allant du désarmement au racisme en passant par la politique écologique. Cela aussi est très inquiétant. Ainsi que l’ont dit les participants à la réunion d’août à Washington dans leur message au Comité central du COE, « des relations pacifiques entre les nations et les peuples passent par des décisions multilatérales et non par des actions économiques et militaires unilatérales prises par un seul pays ».
4. Montée du militarisme et de nouvelles doctrines militaires dans le monde.
Dès avant le 11 septembre, les Etats-Unis avaient renforcé leur présence militaire dans le monde entier. Cette présence s’est encore accrue depuis le 11 septembre de sorte que les forces armées des Etats-Unis seraient aujourd’hui stationnées dans plus de 100 pays. Au-delà de cette extension de leur présence militaire dans le monde entier, le gouvernement Bush prône des frappes militaires préemptives pour répondre à ce que les Etats-Unis perçoivent comme des menaces à leur sécurité. Cela va à l’encontre de la Charte des Nations Unies et crée un schéma qui pourrait sérieusement saper la sécurité internationale. Cette équation implicite entre sécurité et puissance militaire tranche avec l’attachement des Eglises à la sécurité des personnes qui ne peut résulter que de la justice économique, de la paix et du respect des droits de la personnes et du droit international.
Au moment où pèse toujours sur le monde la menace du terrorisme, nous réaffirmons que l’édification d’un monde plus juste dans lequel les droits et la dignité de tous les êtres humains sont affirmés et respectés est le plus sûr moyen de lutter contre le terrorisme. Quelle que soit leur puissance – politique, économique et militaire –, les Etats-Unis ne sont qu’un pays parmi bien d’autres. Il faut sérieusement espérer que le gouvernement des Etats-Unis voudra bien travailler à nouveau avec d’autres pays pour renforcer les bases de l’ordre mondial qu’il a lui-même contribué à poser lors de la conférence de San Francisco où furent fondées les Nations Unies.
Les Eglises de tous les pays ont le devoir moral pressant de dire la vérité aux puissants. Pour s’acquitter de ce devoir, elles doivent discuter de manière approfondie de ces questions et prier pour discerner les actions que les chrétiens doivent mener. Dans le cadre de la Décennie « vaincre la violence », elles sont appelées à favoriser la réconciliation et la guérison, à intensifier leurs efforts en vue du dialogue interreligieux et à renforcer leurs relations réciproques pour faire face aux périls de ce nouvel ordre mondial. Nous sommes appelés à nous pencher sur ces questions en pensant aux paroles du Christ à ses disciples :
Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ». Et moi, je vous dis : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes. »
(Mt 5, 43-45)
VII. Note sur la renégociation des accords de libre association entre les Etats-Unis et les Etats fédérés de Micronésie et la République des Iles Marshall
A la fin de la Deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis reçurent des Nations Unies un mandat de tutelle sur la Micronésie et les îles Marshall, assorti de l’obligation d’aider ces deux nouvelles nations du Pacifique à accéder à l’autosuffisance et à l’indépendance. Ces îles, situées dans le Pacifique à mi-chemin entre Hawaï et l’Australie, étaient considérées comme d’importance stratégique par les instances politiques et militaires des Etats-Unis et, de 1946 à 1958, les Etats-Unis ont effectué 67 essais nucléaires dans les îles Marshall.
Depuis 1986, les relations des Etats-Unis avec les Etats fédérés de Micronésie et la République des îles Marshall sont définies par des Accords de libre association qui sont arrivés à échéance en 2001 et sont en cours de renégociation jusqu’à octobre 2003. Au début du mois de septembre 2002, une délégation de représentants d’Eglises de la République des îles Marshall, accueillie par deux Eglises des Etats-Unis, doit se rendre à Washington DC pour rencontrer des membres du Congrès à propos des Accords, qui ont été négociés par les représentants de la Micronésie et des îles Marshall sans que ceux-ci aient pleinement conscience des conséquences des essais nucléaires et des coûts réels tant de l’indépendance que de l’assainissement des sites des essais.
Au cours de l’année précédant l’Assemblée de Vancouver (1983), le Conseil œcuménique des Eglises avait envoyé une délégation en Micronésie et aux îles Marshall dans le cadre des visites préparatoires à l’Assemblée ; il avait appris ainsi que la population souffrait de problèmes de santé à la suite des essais nucléaires et que les habitants avaient été déplacés de force de certains atolls des îles Marshall afin de faciliter les opérations militaires des forces américaines. Quelques semaines avant l’Assemblée, une délégation de quatre membres parmi lesquels figurait un physicien nucléaire s’est rendue aux îles Marshall et en Micronésie afin d’évaluer l’impact des irradiations sur la santé de la population ainsi que les coûts sociaux et humains de la présence militaire américaine dans le pays. Le rapport de la délégation a été reçu à Vancouver, où Mme Darlene Keju-Johnson, des îles Marshall, a présenté un témoignage personnel impressionnant en informant l’Assemblée que le problème de l’exposition aux expériences nucléaires était beaucoup plus grave que ne l’admettaient les Etats-Unis. Elle a souligné que les Etats-Unis limitaient les soins de santé aux habitants de deux atolls seulement. Darlène est morte d’un cancer du sein en 1996, à l’âge de 45 ans.
Alors que le rapport détaillé du COE offrait une base de travail solide, il n’a guère été suivi d’action ces dernières années. Une étude publiée dernièrement par l’Université de Hawaii fait apparaître que les 67 explosions nucléaires effectuées sur les atolls équivalent en gros à 10 bombes de l’ampleur de celle de Hiroshima par semaine tout au long de la période des essais. De même, un document du gouvernement américain récemment sorti de la liste des documents confidentiels, le « rapport Solomon », révèle les efforts visant à maintenir ces deux pays du Pacifique liés en permanence aux Etats-Unis par le biais de la « dépendance économique stratégique ». Il faut ajouter maintenant à tout cela l’impact que le réchauffement de la planète exerce sur l’environnement de ces îles qui se trouvent au niveau de la mer.
C’est pourquoi le Comité central invite le COE à suivre l’évolution de la renégociation des Accords de libre association, à étudier les problèmes et les préoccupations de la population de la Micronésie et des îles Marshall et, en coopération avec les Eglises américaines, à rechercher les moyens de promouvoir leur revendication de juste compensation et à œuvrer à l’élimination des dispositions inéquitables des Accords. Ces efforts devraient être liés à d’autres semblables menés par le Conseil œcuménique pour plaider en faveur d’une juste compensation des dommages causés aux terres et aux populations de toute la région du Pacifique, en particulier celles de Tahiti et des environs de Tahiti, durement touchées par les essais nucléaires français.
VIII. INFORMATION SUR L’INDONESIE
Le Comité des questions d’actualité s’est également penché sur les préoccupations formulées à propos des tensions interreligieuses et intercommunautaires qui se poursuivent en Indonésie. Il informe le Comité central qu’il a réagi à cela conformément à la procédure en usage pour les questions d’actualité, dans le cadre des activités en cours du COE. Comme indiqué dans le rapport préliminaire sur les questions d’actualité préparé par le personnel de l’équipe « Relations internationales », le Conseil a suivi de très près les tensions et les conflits qui continuent à se développer entre musulmans et chrétiens en Indonésie, en particulier dans les provinces d’Aceh et des Moluques. Actuellement, les événements qui se déroulent au sud et au centre de Sulawesi sont particulièrement inquiétants : en dépit des Accords de Malino I et II conclus entre les communautés musulmane et chrétienne et le gouvernement indonésien, les violences et les massacres se poursuivent sans perdre de leur intensité. En réponse aux préoccupations formulées, une lettre va être préparée afin de réaffirmer l’inquiétude des milieux œcuméniques à l’attention de la présidente de la République d’Indonésie. Le personnel de l’équipe « Relations internationales » continuera à suivre de près l’évolution de la situation, en contact régulier avec les Eglises d’Indonésie et la Conférence chrétienne d’Asie. On prévoit également une visite pastorale de membres du personnel et de partenaires importants, afin de manifester concrètement la solidarité œcuménique avec les Eglises locales et de les aider à rétablir des relations harmonieuses entre les communautés.
IX. REMERCIEMENTS AU PASTEUR DWAIN EPPS
Au moment où le pasteur Dwain Epps quitte la Commission des Eglises pour les affaires internationales après de longues années de service dévoué, le Comité des questions d’actualité, au nom du Comité central du COE, tient à exprimer sa profonde reconnaissance à Dwain Epps pour sa contribution à ses délibérations et lui souhaite le meilleur pour sa retraite. Nous avons largement puisé dans ses vastes connaissances. Nous avons bénéficié de sa brillante capacité à formuler des textes précis, propres à créer un consensus parmi nous et à guider le Conseil dans le domaine des affaires internationales. Nous avons tiré parti de sa vision théologique et de sa perspicacité politique. Nous avons été très nombreux à apprécier son sens de humour, sa compagnie enjouée et son profond attachement au mouvement œcuménique. En un mot, Dwain nous manquera énormément
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