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2 août 2004
« Le mouvement œcuménique est un don de Dieu »
Entretien avec Mgr Radano
par Friedrich Degenhardt (*)
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C’est ce qu’affirme Mgr John A. Radano à l’occasion d’une pause dans les travaux de la Commission plénière de Foi et constitution, réunie à Kuala Lumpur (Malaisie) du 28 juillet au 6 août 2004. Haut responsable de la délégation catholique à Kuala Lumpur, Mgr Radano est chef de la section occidentale du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des Chrétiens et principal responsable des relations entre le Vatican et Foi et constitution. Depuis l’époque où il était au séminaire aux Etats-Unis et sous l’influence du Concile Vatican II, cet ancien professeur s’est spécialisé dans l’œcuménisme. Pour lui, il est vital de dépasser les divisions entre chrétiens, qu’il considère comme un scandale pour le monde.
– Qu’espérez-vous de cette réunion de la Commission plénière de Foi et constitution ?
Pour moi, l’étude sur l’ecclésiologie :
La nature et la mission de l’Eglise,
est très importante. C’est là une question centrale dans la plupart des dialogues bilatéraux entre différentes familles confessionnelles et, désormais, elle occupe de plus en plus une place centrale au sein de Foi et constitution. J’espère que les discussions sur cette étude permettront de faire avancer encore les perspectives œcuméniques sur l’ecclésiologie, de façon à ce que les chrétiens séparés puissent de plus en plus découvrir une perspective commune sur l’Eglise. Cette étude aborde un certain nombre de choses que nous pouvons dire ensemble.
– Que pouvons-nous dire ensemble ?
A titre d’exemple, cette étude mentionne des images bibliques de l’Eglise : « peuple de Dieu », « Corps du Christ », « temple de l’Esprit Saint », ou encore elle parle de l’Eglise en tant que communion. Et puis elle fait également ressortir des problèmes particuliers sur lesquels nous restons divisés, tels que la nature de l’épiscopat et l’autorité ainsi que des questions relatives au ministère.
– Une conception commune sur l’ecclésiologie mènera-t-elle à une Eucharistie
commune ?
Notre conception de l’Eucharistie est très étroitement liée à notre conception de l’Eglise. Dans ce sens, en favorisant l’énoncé de perspectives communes sur l’Eglise, cette étude nous aidera à arriver à une conception commune des sacrements, et notamment de l’Eucharistie. L’objectif est d’arriver à la pleine unité. Entre autres choses, il nous faut avoir une conception commune de ce que sont la nature et la mission de l’Eglise que le Christ a fondée.
– Pourriez-vous imaginer une certaine forme d’hospitalité eucharistique ?
Non, nous ne le pouvons pas. Peut-être d’autres chrétiens le peuvent-ils, mais pas nous. Pour nous, l’Eucharistie est un signe d’une unité réalisée ; c’est une expression de communion parfaite qui existe. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait pour arriver à l’unité. L’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie de l’Eglise. C’est pourquoi, tant que nous sommes en chemin, nous n’envisageons pas d’hospitalité eucharistique. Sur ce point, il nous faut être très honnêtes même si, par ailleurs, nous faisons tout notre possible pour parvenir à l’unité. C’est la raison pour laquelle nous sommes ici.
– Et le baptême est le point de départ vers l’unité ?
Si nous sommes capables de reconnaître le baptême les uns des autres, c’est un point de départ très important. Du point de vue théologique, le document
Baptême – Eucharistie – Ministère
(BEM), de 1982, nous a aidés à élaborer une conception commune du baptême. Et, dans la réponse officielle de l’Eglise catholique, nous en avons donné une appréciation très positive. Nous avons également posé un certain nombre de questions à propos de choses qu’il faut encore discuter. Mais, fondamentalement, si les chrétiens pouvaient adopter ce point de vue, je dirais qu’ils ont, pour l’essentiel, une conception commune du baptême.
Cela dit, un grand nombre de chrétiens continuent à considérer le baptême des enfants comme inacceptable. Pour d’autres encore, le baptême ne signifie pas que l’on devient membre du Corps du Christ : c’est simplement l’affirmation d’un engagement de foi personnel. On voit donc qu’il demeure un certain nombre de questions en suspens, alors que d’autres problèmes commencent à se dessiner : certaines Eglises n’emploient pas d’eau ; d’autres essaient de trouver une formule qui remplace les termes : « Père, Fils et Saint-Esprit ». Des pratiques de ce genre rendent très difficile la reconnaissance mutuelle du baptême.
Le BEM et le texte sur le baptême dont nous discutons ici nous ont beaucoup fait progresser vers la possibilité d’une reconnaissance mutuelle du baptême.
– Personnellement, qu’est-ce qui vous pousse à vous impliquer dans ce processus ?
Je crois que, travailler à l’unité des chrétiens, c’est faire la volonté du Christ. Fondamentalement, c’est une question de théologie et de foi. Le Christ a prié pour que ses disciples soient un afin que le monde croie : telle est la relation entre l’unité et la mission de l’Eglise.
Les divisions entre chrétiens vont à l’encontre de la volonté du Christ ; en outre, elles sont un scandale pour les gens, pour le monde ; enfin, elles constituent un obstacle pour la prédication de l’Evangile. Ce qui me pousse personnellement à y travailler, c’est le désir de contribuer, tant dans notre Eglise que dans les milieux œcuméniques, à surmonter ces divisions.
– Et c’est cela qui fait que le travail
de Foi et constitution est si important ?
Je crois que le mouvement œcuménique est un don de Dieu pour nous aider à inverser le cours de siècles de séparation et pour faire avancer les chrétiens ensemble vers là où ils devraient être, conformément à ce que le Christ a voulu et à ce pour quoi il a prié.
Pouvons-nous trouver une identité commune avec toutes les traditions ici représentées au sein de Foi et constitution ? C’est là une entreprise merveilleuse, une gageure, à laquelle nous devons tous nous atteler dans un esprit de conversion du cœur, en créant des attitudes nouvelles. Cela implique que, en permanence, nous devons nous efforcer de modifier notre état d’esprit et commencer à nous faire de plus en plus confiance. Et l’un des moyens qui s’offrent à nous pour ce faire, c’est de dialoguer en toute sincérité.
(*)
Friedrich Degenhardt est journaliste ; il se prépare au ministère dans l’Eglise évangélique luthérienne du nord de l’Elbe.
Articles consacrés à Kuala Lumpur:
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