Conseil oecuménique des Églises - Reportage
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Pour publication immédiate: 30 juillet 2004

En solidarité avec les femmes forcées à se prostituer

Olivier Schopfer*
Photo disponible - voir dessous.

Les femmes que l'on chargeait de "consoler" les soldats japonais, pendant la seconde guerre mondiale, ne doivent pas être rejetées. Elles sont membres d'un même corps que nous, le corps spirituel du Christ. Telles sont les conclusions très concrètes d'une étude biblique présentée le 30 juillet devant les membres de la commission plénière de Foi et constitution, qui se réunit du 28 juillet au 6 août à Kuala Lumpur, Malaisie.

Madame Kyung-Sook Lee prend la parole et s'adresse à l'audience avec modestie, d'une voix calme et posée. Ceux qui la connaissent savent qu'elle est Coréenne, Professeure d'Ancien Testament, membre de l'Eglise méthodiste. Mais ses propos ne sont pas ceux d'une savante exégète. Commentant le célèbre passage biblique où la communauté chrétienne est comparée à un corps avec ses membres, ou encore cet autre texte où il est dit que lorsqu'un membre du corps souffre, l'ensemble souffre avec, Madame Lee en vient directement à l'essentiel du message et à sa signification pour aujourd'hui: "De temps à autre, il faut se demander lequel de nos membres souffre, dans notre Eglise et dans nos sociétés. En tant que femme Coréenne, ma réponse est que les membres de notre Eglise qui souffrent sont les malheureuses femmes Asiatiques qui ont été forcées de se vendre comme prostituées".

Comme elle me l'a indiqué, Madame Lee a été sensibilisée à cette question alors qu'elle était elle-même une élève, et que son enseignante d'alors lui racontait comment elle avait pu, en se cachant, échapper de justesse à ceux qui voulaient l'envoyer au front, pour servir de "femme de consolation" aux soldats japonais, en pleine seconde guerre mondiale. D'autres ont eu moins de chance qu'elle. Ce sont près de 150'000 femmes qui ont été réduites en esclavage sexuel au bénéfice des militaires, dans des conditions souvent misérables. Parmi celles qui sont encore en vie, certaines tentent aujourd'hui de faire entendre leur voix, de sortir de la honte et de la culpabilité qu'elles ont intériorisées. Jusqu'à présent, le gouvernement Japonais est resté sourd aux appels de ces femmes. Mais, comme le professeur Kenji Kanda, membre de l'Eglise unie au Japon, l'indiquera plus tard dans la journée, les Eglises du Japon interviennent également auprès des autorités politiques pour que cette situation soit prise en compte.

A l'arrivée des Américains, la situation des femmes n'a que peu changé en Corée. Certes beaucoup d'entre elles venaient de leur plein gré, dans l'espoir d'échapper à la pauvreté. Mais la plupart n'ont rencontré que brutalité et mépris. Les nombreux crimes et agressions qu'elles ont subies sont le plus souvent restés impunis.

"Le problème de la prostitution en cache plusieurs autres comme l'impérialisme, le colonialisme, le racisme et le sexisme ", continue-t-elle, avant d'expliquer que la structure de la famille et de la société coréennes sont depuis bien longtemps dominées par les hommes.

"Cela m'en coûte de parler de ce sujet", m'a-t-elle indiqué. "Les Eglises se sont elles-mêmes longtemps tues. Mais je suis très fière des femmes chrétiennes qui ont levé le voile sur l'histoire des "femmes de consolation", indique-t-elle. "Mais le plus triste, c'est que cela continue." Madame Lee fait allusion aux conflits d'aujourd'hui, notamment à la guerre en Irak, qui entraîne elle aussi son commerce de femmes. Elle mentionne également le tourisme sexuel, qui attire de nombreux Américains et Européens en Corée. L'industrie du sexe y est alimentée non seulement par des femmes du pays, mais aussi par des filières Philippines, Thaïlandaises, Andaines et Russes.

Et la théologienne de conclure son étude biblique: "Je ne sais pas s'il est possible d'abolir la prostitution, mais je suis certaine que nous devons unir nos efforts pour lutter contre la guerre, pour abolir les systèmes qui exploitent les gens et pour libérer les femmes de la toile que les conflits tissent autour d'elles. Nous devons les soutenir aussi bien financièrement que sur le plan pastoral, et combattre à leur côté dans la société, car elles sont membres du corps du Christ. Lorsqu'elles souffrent, nous souffrons avec elles".

* Olivier Schopfer est un pasteur réformé Suisse. Il travaille comme responsable web au Conseil Oecuménique des Eglises, dans le cadre de l'équipe d'information au public.

Le texte de l'étude biblique est disponible, en anglais, à l'adresse:
http://www.wcc-coe.org/wcc/what/faith/kuala-docs.html

Une photo gratuite est disponible à l'adresse:
http://www.wcc-coe.org/wcc/what/faith/kuala-pix.html

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