Conseil oecuménique des Églises - Reportage
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Pour publication immédiate: 2 août 2004

Visite dans l'échoppe de Saint Matthieu

Olivier Schopfer*
Photos disponibles, voir ci-dessous


Le minibus rouillé quitte l'une des autoroutes qui sortent de Kuala Lumpur, emprunte une allée défoncée, et s'arrête entre deux immeubles plus que modestes. Des chiens errants regardent, étonnés, la brochette d'élégants délégués qui en descendent. Parmi eux, l'évêque anglican de Gambie, du Sénégal et du Cap-Vert, un pasteur sud-Africain, un autre Suisse, et un autre du Myanmar, une pasteure espagnole, ainsi qu'une théologienne américaine.

Ce sont les invités d'une jeune paroisse anglicane tamoule, la paroisse saint Matthieu. Ils comptent parmi les participants à la commission plénière de Foi et Constitution, qui se tient du 28 juillet au 6 août à Kuala Lumpur, Malaisie. En ce dimanche matin, tous les délégués se sont répartis dans différentes églises des environs, pour mieux les connaître, et mesurer la diversité des expressions de la foi chrétienne.

Pour cette communauté tamoule, dont la plupart des membres sont nés en Malaisie et n'ont jamais quitté ce pays, l'arrivée de visiteurs venant des quatre coins du monde est un grand événement. Même s'ils ne savent pas très bien ce qu'est le Conseil Oecuménique des Eglises ni le mouvement de Foi et Constitution, ils sont très impressionnés. C'est pour eux une reconnaissance de l'existence même de leur communauté.

Petit à petit, l'arcade se remplit. Tous les âges sont représentés. En particulier beaucoup d'enfants, en tenue du dimanche, richement colorée. C'est aujourd'hui la fête des récoltes: chaque famille vient déposer fruits et légumes au pied de la chaire. Comme le pasteur Philips l'explique à ses paroissiens, "même si nous ne sommes pas des paysans, que nous n'avons ni champ ni jardin, nous célébrons les récoltes, pour remercier Dieu de nous avoir donné un bon pays, un travail pour vivre et une bonne famille".

Si de l'extérieur rien ne laisse deviner qu'il s'agit d'une église, une fois entré le doute n'est plus permis. Le décor est modeste, mais tout y est. Il n'y a pas d'orgue ici, mais plutôt une batterie, une guitare, un clavier et une puissante sono. Même si le culte suit de près la liturgie anglicane traditionnelle, le style est charismatique. On chante beaucoup, on prie beaucoup. Une très jeune femme conduit la prière. Elle jongle habilement entre le texte "officiel" et de longs temps de prière spontanée.

L'Eglise anglicane est arrivée en Malaisie à la suite de l'établissement du contrôle britannique sur l'île de Penang, en 1786. La paroisse saint Matthieu, elle, a été créée récemment, en 1982. Quant à l'église elle-même, dans son arcade, elle a été acquise en l'an 2000. Mais la paroisse grandit vite, et les responsables songent maintenant à acheter un terrain pour y construire une église.

L'entreprise risque de ne pas être facile. Dans un contexte majoritairement musulman, le gouvernement, même s'il est assez tolérant vis-à-vis des autres religions, n'accorde pas facilement de permis de construire pour des églises. Cela explique pourquoi d'assez nombreuses églises sont installées dans des arcades d'immeubles. Elles sont moins visibles et plus facilement tolérées. Le contrôle de l'Etat s'étend aussi sur l'activité des missionnaires des Eglises. En Malaisie, dans l'idée de préserver l'harmonie entre les groupes religieux, le prosélytisme est considéré comme un délit, particulièrement s'il vise des musulmans. Comme nous le disait une paroissienne, sur le chemin du retour, "je suis triste que nous ne puissions pas librement annoncer Jésus-Christ à nos frères musulmans".

Aux limitations imposées aux chrétiens s'ajoutent, pour cette communauté, une discrimination liée à leur appartenance ethnique. En Malaisie, l'ethnie figure sur le passeport. Certaines écoles et universités appliquent des quotas. On peut ainsi être un brillant élève et se voir refuser l'accès à une classe, parce que son ethnie est déjà trop largement représentée dans l'école.

Les difficultés n'empêchent pas cette communauté de rayonner de joie et de pratiquer une hospitalité très généreuse. A l'issue du culte, la paroisse offre un petit spectacle de danses traditionnelles aux visiteurs, puis un repas.

Longtemps après la fin du culte, les derniers paroissiens s'en vont. On referme le lourd rideau métallique. L'arcade ressemble désormais à n'importe quel autre magasin fermé… les signes qu'une Eglise se trouve ici ont disparu. Mais la vie de la communauté continue. Discrète, elle n'en constitue pas moins un solide réseau de solidarité, d'amitié et de foi.

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Les chrétiens représentent 7 pour cent de la population en Malaisie. L'Eglise catholique romaine compte le plus grand nombre de membres (environ 600'000), suivie de l'Eglise méthodiste (300'000) puis de l'Eglise anglicane (170'000). De nombreuses autres communautés chrétiennes sont présentes dans ce pays. Le Conseil des Eglises de Malaisie en rassemble 16, représentant en tout près de 380'000 chrétiens.

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* Olivier Schopfer est un pasteur réformé Suisse. Il travaille comme responsable web au Conseil Oecuménique des Eglises, dans le cadre de l'équipe d'information au public.

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