Conseil oecuménique des Églises - Reportage
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Pour publication immédiate: 4 août 2004

Qu'est-ce que la "nature humaine"?

Olivier Schopfer*

L'étude sur la nature humaine constitue l'une des avancées les plus significatives du travail de Foi et Constitution, dont la commission plénière se tient du 28 juillet au 6 août à Kuala Lumpur, Malaisie. Elle a pour but "d'énoncer ce que les Eglises peuvent dire ensemble sur ce qu’est la nature humaine : ce que cela signifie que d’être humain, créé à l’image de Dieu." La question est importante: les choix éthiques, la manière de faire face aux circonstances et aux événements concrets de la vie en découlent largement.

Depuis sa création, la Commission de Foi et Constitution du Conseil Oecuménique des Eglises veut aider les Eglises chrétiennes à sa rapprocher. Le célèbre document "Baptême, Eucharistie, Ministère" publié en 1982, a joué un rôle capital dans ce sens: il a permis aux Eglises de prendre en charge leur propre réflexion oecuménique sur ces thèmes.

Mais il est vite apparu que de nombreux sujets plus délimités méritaient un travail de synthèse du même type. Plusieurs études ont donc été mises en chantier, et l'état des travaux est actuellement examiné par la commission plénière. Celle sur la "nature humaine" sera certainement d'une grande importance, non seulement pour les Eglises, mais également pour le grand public. Le texte final devrait être publié lors de l'Assemblée du Conseil Oecuménique des Eglises, en 2006 à Porto Alegre. Mais une version intermédiaire a été présentée ce matin devant la commission, qui a accueilli très chaleureusement ce document. Le pasteur américain William Tabbernee, membre du groupe chargé de la rédaction de l'étude, était chargé de lever le voile.

Des enjeux concrets

Le titre provisoire de l'étude peut paraître technique: "perspectives oecuméniques sur l'anthropologie théologique". Mais le contenu est concret et s'appuie sur de nombreux exemples de situations limites, où nos manières de comprendre la "nature humaine" sont mises en question. La première partie de l'étude est consacrée à ces exemples, qui sont regroupés en trois catégories:

1) Les fractures et divisions, qui déchirent notre monde

L'étude présente plusieurs cas concrets, pour nous permettre de mesurer à quel point la prévalence de la violence ou de la pauvreté ou encore le cas du VIH/sida remettent gravement en cause la conception traditionnelle de l'homme créé à l'image de Dieu.

2) Les nouvelles technologies

Les développements actuels et futurs dans le domaine biomédical, génétique, ou encore dans l'intelligence artificielle auront également un impact sur la compréhension par les chrétiens de ce qu'est un être humain. William Tabbernee se plaît à rapporter la question posée lors d'une récente rencontre: "Seriez-vous prêt à baptiser un robot, s'il se comportait comme un être humain?" Même s'il s'agissait d'une boutade, et que le sujet n'est pas encore d'actualité, la question a le mérite de nous contraindre à mieux définir notre compréhension de l'humain, dans une perspective de foi.

3) Les "personnes handicapées"
La notion de "handicap" est relative à une "norme de perfection" qu'il faut également mettre en cause. Notre compréhension de l'affirmation "l'être humain est créé à l'image de Dieu" doit laisser place à la question du handicap.

"Les lieux où les sessions de travail sur l'étude se sont tenues ont été soigneusement choisis", indique William Tabbernee, "afin que les rédacteurs puissent faire l'expérience, en prise directe, de certaines des situations où les atteintes à la nature et la dignité humaines sont les plus visibles". Ces lieux sont Brighton, USA (2000), Belfast (2001), Jérusalem (2002), El Paso, USA (2003) et Montevideo, Uruguay (2004).

La Bible et la nature humaine

La seconde partie de l'étude est consacrée à une approche des principaux thèmes bibliques liés à la "nature humaine": L'être humain comme image de Dieu; l'être humain au sein de la création, la question du péché, la perspective de la nouvelle création en Christ. Toute cette section est illustrée par de nombreuses citations, notamment venant des Pères de l'Eglise. Elle ne se veut ni exhaustive ni trop académique. Elle est au contraire concise et rédigée dans une langue qui la rend accessible au non théologiens. Comme dans le BEM (Baptême, Eucharistie, Ministère), cette section de l'étude met en évidence les points convergents de nos différentes familles spirituelles chrétiennes.

La troisième partie est consacrée aux perspective oecuméniques sur la question. Comme l'indique William Tabbernee, "cette section résume nos découvertes, dont la principale est que, globalement, les Eglises ont une conception largement commune de l'anthropologie théologique chrétienne, et que même là où nous comprenons certains mots différemment, ces différences ne justifient pas que les Eglises n'affrontent pas ensemble les défis qui demeurent, y compris ceux qui sont potentiellement difficiles, comme la question de la recherche sur les cellules souches, le clonage, les questions liées à la sexualité et à la répartition des rôles entre hommes et femmes, l'appartenance ethnique et nationale, le racisme ou encore l'écologie."

N'évitons pas les sujets difficiles

Lors de la discussion en commission plénière, plusieurs voix s'exprimeront pour souhaiter que, précisément sur ces sujets difficiles, le texte ose aller plus loin, au risque de devoir indiquer certaines zones de désaccord. Ainsi la pasteure luthérienne Anne-Louise Eriksson, qui a déclaré: "la théologie de l'évitement… devrait être évitée!" L'archevêque catholique romain John Onaiyekan, du Nigéria, a fait une suggestion qui va dans le même sens. Selon lui, il faut prendre en compte la dimension du temps qui passe, et qui fait que les points de vue sur les questions anthropologiques évoluent. "Certaines choses que l'on avait coutume de condamner dans le passé sont aujourd'hui entrées dans les moeurs". Il a par ailleurs suggéré que l'étude pourrait laisser plus de place à la question de la "loi naturelle", et qu'elle pourrait intégrer un point sur le rôle de Marie comme modèle de pureté, même s'il sait que les chrétiens ont des manières différentes de comprendre la figure de Marie.

Pourtant, malgré une large convergence sur les principes de base de l'anthropologie, les Eglises continuent d'avoir des options différentes quant à la manière de les mettre en pratique. Elles restent tentées d'accorder une grande visibilité à certaines questions et à en ignorer d'autres. C'est pourquoi l'étude se veut également un encouragement pour les Eglises "à travailler ensemble aux défis spirituels, éthiques et matériels auxquels l'humanité doit aujourd'hui faire face".

L'étude se termine par dix affirmations communes (voir encadré), suivies d'un appel aux Eglises, qui doit encore être travaillé et sera rendu public lors de l'Assemblée de 2006.

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L’anthropologie théologique chrétienne :
Dix affirmations communes



* Olivier Schopfer est un pasteur réformé Suisse. Il travaille comme responsable web au Conseil Oecuménique des Eglises, dans le cadre de l'équipe d'information au public.

La présentation par le pasteur William Tabbernee est disponible, en anglais, à l'adresse:
http://www.wcc-coe.org/wcc/what/faith/kuala-docs.html

Une photo gratuite est disponible à l'addresse:
http://www.wcc-coe.org/wcc/what/faith/kuala-pix.html

Articles consacrés à Kuala Lumpur: bien que cet article soit écrit dans le respect des règles professionnelles du journalisme concernant la précision et l’impartialité, il est destiné au grand public et ne doit donc pas être considéré comme un texte savant ni théologique, de même qu’il ne constitue pas une déclaration officielle de la Commission de Foi et constitution.

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