Conseil oecuménique des Églises - Reportage
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Pour publication immédiate: 24 novembre 2008

La "guerre oubliée" de Sri Lanka: appel à une action de sensibilisation mondiale des Eglises

par Annegret Kapp (*)

A Sri Lanka, la population civile, menacée par le conflit entre l’armée et les rebelles tamouls, est prise entre deux feux. Alors que la communauté internationale ferme les yeux sur la crise, les défenseurs chrétiens de Sri Lanka dans le monde affirment que les Eglises doivent insister pour qu’on prête attention aux victimes de la violence.

Depuis plusieurs années, la guerre civile au Sri Lanka oppose un gouvernement dominé par la majorité cinghalaise à des rebelles qui affirment défendre les droits de la minorité tamoule. Les défenseurs des droits de la personne protestent en soulignant que cette guerre se déroule aux dépens de la population civile: les besoins les plus élémentaires des personnes déplacées détenues dans des camps ne sont pas satisfaits, les enfants sont enlevés pour être recrutés comme soldats, les habitants des zones de combats sont utilisés comme boucliers humains par les rebelles.

Des représentants d’Eglises, de groupes œcuméniques et d’organisations non gouvernementales ont discuté du conflit ethnique au Sri Lanka dans le cadre d’une réunion de la 4e Semaine d’action auprès des Nations Unies parrainée par le Conseil œcuménique des Eglises (COE), tenue à New York du 16 au 21 novembre.

Rohan Edirisinha, laïc anglican sri-lankais, a fait un exposé sur les perspectives d’un règlement politique négocié. Selon cet ancien président de la Commission "justice et paix" du Conseil chrétien national de Sri Lanka, l’approche militariste du gouvernement actuel, centrée sur une défaite des forces rebelles tamoules sur le champ de bataille, suscite des doutes quant aux chances réelles de règlement.

Le discours politique national, a dit Rohan Edirisinha, glorifie l’armée et est axé sur la défaite des forces rebelles et la reconquête des zones contrôlées par elles. En tant qu’expert en droit constitutionnel, il est d’avis qu’"une constitution fédérale avec [des garanties de] transfert de pouvoirs, combinant l’autorité partagée et l’autonomie, devrait être la base d’une solution politique juste à la guerre actuelle au Sri Lanka".

L’ancien Premier ministre norvégien Kjell Bondevik, qui présidait la réunion, a affirmé la responsabilité des Eglises dans la promotion d’une solution négociée. Le gouvernement Bondevik avait facilité la conclusion d’un cessez-le-feu au Sri Lanka en 2002, complètement abandonné en janvier dernier après des violations répétées par les deux parties. Actuellement, Kjell Bondevik préside la Commission des Eglises pour les affaires internationales (CEAI) du COE.

Les chrétiens constituent 9% de la population de Sri Lanka, qui compte 19 millions de personnes. Ils sont la seule communauté religieuse qui jette un pont entre les groupes ethniques divisés – la population de langue cinghalaise, en majorité bouddhiste, et la population tamoule, en grande partie hindoue.

L’unité des Eglises revêt une importance particulière pour le témoignage chrétien en faveur de la paix au Sri Lanka. Plusieurs dénominations résultant de différentes vagues missionnaires, dont certaines liées aux anciennes puissances coloniales – Portugal, Pays-Bas, Grande-Bretagne –, sont présentes dans le pays. Si les Eglises ne savent pas parler d’une seule voix, leur témoignage perd de sa force.

Solidarité œcuménique dans la région et au delà

Les représentants d’Eglises venus du monde entier pour participer à la réunion de New York ont exprimé leur solidarité avec la population sri-lankaise.

Jochen Motte, de la Mission évangélique unie (Allemagne), a raconté ses impressions d’une récente visite à Jaffna. Dans la zone hautement militarisée du nord, les civils souffrent des restrictions imposées par l’armée, a-t-il dit: "Les pêcheurs ont de la chance s’ils obtiennent l’autorisation d’aller à la pêche une ou deux fois par semaine, mais même dans ce cas ils doivent rester dans un rayon de deux kilomètres, sans quoi ils risquent de se faire tirer dessus par les soldats."

Le pasteur Grace Kaiso, du Conseil chrétien uni d’Ouganda, a recommandé aux Eglises sri-lankaises de "se montrer persévérantes dans [leur] appel à une solution négociée, non militaire. Pendant 15 ans [en Ouganda], nous avons répété la même chose, et finalement nous avons réussi."

Les mesures prises par le gouvernement sri-lankais telles que les cartes d’identité spéciales pour les Tamouls – qui suscitent des accusations de discrimination – ainsi que l’idéologie sous-jacente de la suprématie raciale évoquent d’effrayants souvenirs dans la mémoire des vétérans de la lutte contre l’apartheid. Mais, comme l’Afrique du Sud entretient des relations commerciales avec Sri Lanka, ils distinguent dans ces relations une ouverture possible pour agir.

Les participants à la manifestation de New York ont vu dans la nécessité de faire rapport sur les violations des droits de la personne auprès des institutions des Nations Unies et auprès des gouvernements, en particulier dans les pays du Sud, l’une des priorités de l’action de plaidoyer des Eglises en faveur du Sri Lanka. Alors que les pays occidentaux ont perdu leur influence sur le gouvernement sri-lankais, les critiques venant de pays qui ont été confrontés à des défis semblables pourraient être particulièrement utiles.

Les suggestions d’objectifs de l’action de plaidoyer qui ont été formulées durant les discussions concernaient notamment des procédures de démobilisation appropriées pour les enfants soldats qui, actuellement, sont jetés en prison quand ils sont capturés, ainsi qu’un appel invitant le groupe de travail des Nations Unies sur Sri Lanka à se rendre dans le pays pour acquérir une connaissance directe de la situation.

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(*) Annegret Kapp, rédactrice web au COE, est membre de l’Eglise évangélique du Wurtemberg, Allemagne.


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Le COE et Sri Lanka

Le projet du COE "Accompagner les Eglises dans des situations de conflit" soutient les chrétiens sri-lankais dans leurs efforts en vue d’édifier des partenariats pour la paix avec les adeptes d’autres religions, en particulier des leaders bouddhistes, et d’agir en faveur d’une solution négociée du conflit.

Le Comité exécutif du COE a exprimé son inquiétude face à la l’escalade de la violence au Sri Lanka dans une déclaration publiée durant sa récente session de septembre, et a instamment prié la communauté œcuménique de soutenir la population et les Eglises de Sri Lanka dans la prière.

Des visites de solidarité effectuées par une délégation œcuménique internationale de "lettres vivantes" en 2007 et par le secrétaire général du COE, le pasteur Samuel Kobia, à mi-octobre ont donné une expression concrète aux préoccupations du Conseil.

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Eglises membres du COE au Sri Lanka (en anglais)
http://www.oikoumene.org/?id=4681

Pour en savoir plus sur la Semaine d’action du COE auprès des Nations Unies:
http://www.oikoumene.org/fr/nouvelles/prochaines-manifestations/ev/se/article/1722/semaine-daction-aupres-d-1.html

Projet du COE "Accompagner les Eglises dans des situations de conflit"
http://www.oikoumene.org/fr/programmes/interreligiousdialogue/eglises-dans-situations-de-conflit.html

Conseil chrétien national de Sri Lanka
http://www.nccsl.org

Les opinions exprimées dans les reportages publiés par le COE ne reflètent pas nécessairement la politique du COE. Ce texte peut être reproduit gratuitement, en indiquant le nom de l'auteur.

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Le Conseil œcuménique des Eglises s'attache à promouvoir l'unité des chrétiens dans la foi, le témoignage et le service, en vue d'un monde de justice et de paix. Communauté œcuménique d'Eglises fondée en 1948, le COE réunit aujourd'hui 349 Eglises protestantes, orthodoxes, anglicanes et autres, représentant plus de 560 millions de chrétiens; il travaille en coopération avec l'Eglise catholique romaine. Son secrétaire général est le Pasteur Dr Olav Fykse Tveit, de l'Eglise (luthérienne) de Norvège. Siège: Genève, Suisse.